Les coquilles célèbres

Publié le 05.03.2019
Il suffit parfois d’inverser une lettre pour que le sens de toute une phrase soit totalement contrarié et qu’apparaisse la coquille. On donne le nom de coquille, en termes d'imprimerie, à l'omission, à l'addition, à l'interversion ou à la substitution, dans les ouvrages imprimés, d'un ou de plusieurs caractères typographiques. Petit tour de quelques coquilles célèbres à travers l’histoire de l’écriture !
Un caractère rangé dans le mauvais cassetin peut provoquer une coquille. Musée Champollion, Figeac.


En typographie, une coquille désigne une erreur de composition. À l’origine, il s’agissait exclusivement d’une erreur de distribution. La distribution est l’opération consistant à remettre dans leur casse (casier en bois organisé en cases, appelées cassetins, destiné à contenir l’ensemble des caractères en plomb d’une même fonte) les caractères en plomb, à l’issue d’une impression. Le typographe rangeait parfois un caractère dans un emplacement non approprié, substituant une lettre à une autre. Le typographe suivant prenait alors dans un cassetin, sans s’en rendre compte, un caractère qui n’avait rien à y faire.

Aujourd’hui, le terme « coquille » n’est plus aussi pointu. Il désigne désormais une omission, une addition ou une interversion de caractères.


« Le vieux persiste »

Certaines coquilles à travers l’histoire ont donné lieu à des situations cocasses. Une gazette du XVIIIe siècle annonçait : « Le roi Louis XV est depuis huit jours au château de Fontainebleau ; hier, il s'est pendu dans la forêt. »  Le roi s’était simplement perdu en forêt !

Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon, était déjà atteint par la maladie qui allait l’emporter lorsque le quotidienLa Patrie titra : « Une légère amélioration s’est manifestée dans l’état du prince. La coquille apparut dans le titre du lendemain : « Le vieux persiste. » Dès le lendemain, paraissait un rectificatif : « Le mieux persiste ». L’histoire raconte que le compositeur responsable a été licencié.


Une coquille est également à l’origine d’un des plus célèbres vers de la poésie française dans L’Ode à Duperrier, poème dans lequel Malherbe parle de la mort de sa fille

Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, 
L'espace d'un matin ? 

Malherbe avait d'abord écrit : 

Et Rosette a vécu... 

Le typographe commit une coquille équivalant presque à un trait de génie : 

Et, rose, elle a vécu...