La langue des signes française (LSF), une parole sans voix

Publié le 20.02.2018
La langue des signes française (LSF) est la langue utilisée par les personnes sourdes et certaines personnes malentendantes en France. Cette langue visuelle et gestuelle, qui s’exprime par les mouvements du corps et les expressions du visage, nous montre que la parole n’est pas uniquement liée à la voix.
©LSF

LES langues des signes

La langue des signes n’est pas universelle. Outre la langue des signes française (LSF), il existe notamment la langue des signes américaine (American Sign Language ou ASL), la langue des signes anglaise (British Sign Language ou BSL). La langue des signes québécoise (LSQ) et la langue des signes belge francophone, bien qu’apparentées à la LSF, sont indépendantes. De plus, au sein même de la langue des signes française, on dénombre de nombreuses variations régionales. Néanmoins, « malgré leur grande diversité lexicale, les langues des signes de différents pays sont plus proches entre elles que ne le sont les langues vocales. »1

 

Quand le corps prend la parole

La langue des signes est une langue visuelle, dont la pratique nécessite la mobilisation du corps et du regard. Contrairement aux langues orales, la LSF est une langue fortement iconique, où le locuteur utilise son corps dans l’espace pour faire référence au réel.

L’unité de vocabulaire (ou « signe »), loin d’être représentée par une position statique de la main, est formée par un ensemble complexe de paramètres exécutés simultanément. Il existe 5 paramètres principaux pour former un signe :

-  la configuration de la main (la forme que l’on donne à sa main)

-  l’emplacement de la main par rapport au corps (par exemple au niveau de l’épaule ou de la tête)

-  l’orientation de la main (vers soi, vers le haut, vers le bas, etc.)

-  le mouvement de la main (forme de la trajectoire, intensité par exemple)

-  l’expression faciale2


Une langue de France à part entière

La LSF est une langue vivante, en perpétuelle évolution, dont la structure est indépendante de celle du français, et qui possède sa propre grammaire, sa syntaxe et ses influences culturelles.

« Il n’existe pas de conjugaison en LSF, il suffit au signeur de situer l’action sur la ligne du temps (perpendiculaire à lui : derrière son épaule le passé, au niveau de son corps le présent et devant lui le futur). »3 Dans la formation d’une phrase, on précise d’abord le temps, puis le lieu, l’objet, ensuite le sujet et enfin l’action. La langue des signes française dispose également d’un alphabet dactylographique qui permet d'épeler des noms propres ou des mots qui n’existent pas encore dans le vocabulaire.

La langue des signes française est porteuse d’une histoire et d’une culture et s’inscrit dans les rapports sociaux d’une communauté. Langue de France à part entière, elle est un outil d'expression et de création artistique d’une grande richesse.


À savoir :

-          Le nombre de langues signées dans le monde est estimé à 121.4

-          Comme l’esperanto pour les langues orales, il existe un équivalent international pour la langue des signes qui s’appelle le gestuno (la langue des signes internationale ou LSI).

-          En 1791 est fondé l’Institut National de Jeunes Sourds (INJS) de Paris

-          1976, création de l’IVT (International Visual Theatre) à Paris. C’est un espace d’échange, de rencontre et de découverte pour les sourds et les entendants regroupant un théâtre, un centre de formation et une maison d’édition.5

-          En 1977, l’ANFIDA (Association Nationale Française d’Interprètes pour Déficients Auditifs) est créée par Christiane Fournier, professeur pour enfants sourds. Cette association avait pour buts de regrouper les interprètes, de garantir une qualité professionnelle mais surtout de faire de l’interprétation (LSF / français) une véritable profession.6

-          En 1979, fondation de l’Académie de la Langue des Signes Française (ALSF).

-          En 2008, la LSF devient une option pour le Bac.

-          En 2010, le CAPES de LSF est créé.

-          En 2011, la LSF est également proposée en option au BTS.

 

VIDÉO : « Mon premier cours de langue des signes »
https://www.youtube.com/watch?v=laTuEg45iqU




Notes :
 

[1] Delaporte Yves, 2005 (novembre), « La variation régionale en langue des signes française », Marges linguistiques 10 ("Langues régionales", présenté par Claudine Moïse, Véronique Fillol, Thierry Bulot) : 118-132.

[2] Cécilia HUTTER, « La LSF, tous les potentiels d’une langue », Article publié le 23/03/2009 (http://www.unapeda.asso.fr/article.php3?id_article=776)

[3] http://langue-des-signes-francaise.fr

[4] La reconnaissance officielle des langues des signes : état de la situation dans le monde et ses implications, Office des personnes handicapées du Québec

[5] http://ivt.fr/ivt

[6] http://www.afils.fr/historique/