À la découverte de l’eau : origines et évolutions d’un mot

Publié le 28.01.2020
On la connaît sous la formule chimique H2O. Elle est vitale et nous entoure, pourtant il peut être difficile d’expliquer l’origine de ce mot très court, composé des trois voyelles E, A et U qui, une fois réunies, se métamorphosent en un tout autre son : « O ».

Petite histoire de ce mot mystérieux et de son évolution…


« Eau » : un mot aux origines multiples

Selon les définitions que l’on peut lire dans le dictionnaire Le Nouveau Littré [1] les linguistes s’accordent pour dire que le mot « eau » vient d’aqua en latin et de aches dans les langues celtiques. Ce mot latin provient lui-même de l’indo européen hekweh, issu de hekw, et qui signifie « boire ».

Cette origine latine se remarque particulièrement dans les langues qui en dérivent, par exemple le mot agua en espagnol, acqua en italien ou encore água en portugais. En français, on retrouve la racine aqua dans plusieurs mots, comme « aquarium », « aqueduc » ou encore « aquatique ».

Mais on note également que beaucoup des mots se rapportant à la thématique de l’eau se construisent aussi autour de la racine grecque hudôr. Par exemple : « hydratation », « hydraulique », « hydravion » ou encore « hydrocarbure ».


Évolutions du mot : de aqua à « eau »

Le mot « eau » a évolué au fil des siècles. Anciennement, on disait aigue, terme qui s’est peu à peu transformé en age, puis ège et enfin éque. C’est de là que sont dérivés des mots tels qu’ « aiguière » ou « égout ». Aigue est encore présent dans certaines langues régionales notamment en Languedoc, en Gascogne, en Auvergne et en Limousin.

Au Moyen Âge, le mot a de nouveau évolué : de equa et ewe au XIe siècle, le mot devient aive, aigue et eve au XIIe siècle. C’est d’ailleurs de là que vient le mot « évier ». Il faut attendre le XIIIe siècle pour que eve se transforme en eaue et le XVIe siècle pour que le « e » disparaisse afin de donner l’écriture que l’on connaît aujourd’hui : « eau ».


Quelques exemples de l’évolution de ce mot dans la littérature francophone à travers le temps :

  • « Li val profond et les ewes courant », extrait du chapitre CXXXVI de la Chanson de Roland [2], composée au XIe siècle.
  • « L'aigue du cuer lui est es els [yeux] montée » dans le « Cycle de Roncevaux », chanson de geste du XIIe siècle [3].
  • « Et l'autre lui retrempe de fresche eaue en son vin » extrait du chapitre LV de « Berthe aux grands pieds » [4], long poème de la fin du XIIIe siècle.
  • « Il se retourna vers la muraille comme pour faire de l'eau, et là rompit ses lettres » écrit Marguerite de Navarre (1492-1549) dans une de ses lettres [5].


Petit lexique non exhaustif des mots dérivés

Aiguade : provision d’eau douce

Aiguail : petites gouttes d’eau qui restent sur les feuilles suite à la rosée

Aiguière : vase où l’on met de l’eau pour le service de table

Aiguayer : baigner, laver

Aquaculture : culture de plantes aquatiques

Aquarelle : technique de peinture à l’eau

Aqueux : qui est de la nature de l’eau ou qui contient de l’eau

Aquifère : qui contient ou est susceptible de contenir de l’eau

Hydre : monstre marin, serpent à sept têtes

Hydrofuge : qui garantit l’humidité

Hydrographie : science de la mesure de la mer

Hydromel : breuvage fait d’eau et de miel

Hydrophobie : peur de l’eau et des autres liquides

Hydroponie : culture des plantes dans l’eau


[1]Le Nouveau Littré, édition augmentée du Petit Littré (Éditions Garnier, 2004).

[2]Chanson de Roland, (Édition par F. Michel, 1837).

[3] Jean-Louis BOURDILLON Chanson de Roland. Roncisvals mis en lumière (Édition Littré, 1841), p.48.

[4]Li romans de Berte aus grans piés, (Édition Paulin, 1832).

[5]Lettres de Marguerite d'Angoulême, sœur de François Ier, reine de Navarre, publiées d'après les manuscrits de la Bibliothèque du roi (Édition Littré).