À l’abordage de la littérature maritime

Publié le 29.01.2020
Synonyme de mort au Moyen Âge, univers interdit à l’homme car territoire trop hostile, la mer suscite alors une terreur sacrée. Par exemple, le héros du premier roman moderne, Robinson Crusoé (1719) de Daniel Defoe, s’échoue sur une île déserte, loin de tout confort, après avoir suivi son désir de rivages lointains. Puis, peu à peu, les flots marins deviennent dans la littérature un sujet de contemplation. La découverte des quatre coins du monde, la nostalgie des traversées à voile, les rêves d’aventure et de voyage contribuent à inspirer les écrivains ; une nouvelle catégorie littéraire émerge alors : la littérature maritime.
Gravure tirée du roman de Jules Verne « Vingt Mille Lieues sous les mers »

Une littérature maritime foisonnante [1]

Des livres sur la thématique de la mer ou des bateaux sont régulièrement édités, récits historiques, récits de voyages vécus, livres techniques, romans, etc. Par exemple, la maison d’édition Chasse-Marée a édité une centaine de livres en une trentaine d’années.

Parmi les romans, 20 000 lieues sous les mers (1870), incontournable de Jules Verne, narre l’histoire du français Pierre Aronnax, professeur au Muséum de Paris, et de Conseil, son fidèle domestique, alors qu’ils embarquent tous deux à bord d’une frégate américaine pour purger les mers d’un monstre marin, signalé par plusieurs navires à travers le monde.

Plus récemment, Henry de Monfreid livre un récit autobiographique dans Les secrets de la mer rouge (1994). Il raconte comment, de commerçant à Djibouti, il devient commandant d’un boutre, suivi par deux matelots somalis et un mousse, puis se lance dans l'aventure.


La littérature jeunesse conte aussi des aventures à travers les océans. Dans Langelot chez les Pa-pous (1969), 12e roman de la série réalisée par le Lieutenant X, le célèbre espion s’infiltre chez Radio Équipe, une radio pirate logée dans un navire croisant dans les eaux internationales. Dans le 7e tome des Colombes du Roi-Soleil,Un corsaire nommé Henriette (2008), Henriette de Pusay, jeune fille au caractère fougueux, s’engage sur une frégate royale à bord de laquelle elle affronte tempêtes et attaques de navires anglais.


Le monde maritime est également une source d’inspiration intarissable dans le domaine de la poésie. Le poète québécois Nérée Beauchemin célèbre l’histoire d’amour entre la mer et le ciel :

 « La mer aime le ciel : c’est pour mieux lui redire,
À l’écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d’ambre et de diamant. »[2]

Émile Verhaeren, poète belge, dédie quelques vers aux rêves de voyages maritimes dans les confins de la planète dans Les Voyageurs [3].

« Et des îles, ainsi que de grands piédestaux,
Parmi des lacs d'argent, d'onyx et de turquoises,
Là-bas et des frissons marins et des angoisses
Et, tout à coup, la mer, comme un choc de marteaux. »

D’autres grands auteurs du monde francophone ont écrit sur ce thème, tels que Victor Hugo dans Oceano Nox, Alphonse Lamartine avec Adieux à la mer, Charles Baudelaire dans L’homme et la mer, Esther Granek notamment avec Évasion, Max Elskamp dans Étoile de la mer ou encore Émile Nelligan avec Le Vaisseau d’Or.


Les prix littéraires récompensant un récit maritime

Une quinzaine de prix littéraires francophones dédiés au monde maritime sont décernés chaque année. En voici une sélection :

  • Fondée en 1752, supprimée par la Convention et recréée en 1921, l’Académie de marine décerne chaque année, lors de sa rentrée de l'automne, des prix littéraires dont le Grand prix qui récompense un « ouvrage traitant tout sujet intéressant la marine ou la mer, paru au cours de l’année précédente et qui répond à son objectif : faire comprendre et aimer les choses de la mer et en développer le goût dans le public » [4].
  • Créé en 1983, le prix du Cercle de la mer souhaite récompenser la qualité littéraire d’un ouvrage (roman, récit, étude, biographie...) de nature à éveiller l’intérêt et l’attrait pour les choses de la mer. Un album illustré est également primé.
  • Le prix Encre Marine encourage depuis 2007 « un auteur français ou francophone, ayant publié dans l’année un ouvrage mettant particulièrement en valeur les thèmes de la mer et du monde maritime civil ou militaire » [5].
  • En 2016, La Fédération nationale des associations d'accueil de marins (FNAAM) a décidé d’attribuer un prix, tous les deux ans lors de son congrès, à un ouvrage faisant connaître la vie et le métier de marin.
  • Créé en 1999, le prix du livre insulaire couronne, à l’occasion du salon du livre insulaire de Ouessant, dans différentes catégories (beaux livres, poésie, policier, essai, fiction et jeunesse), des livres récents écrits en français par des auteurs insulaires ou s’inspirant de la figure réelle ou imaginaire de l’île.
  • Le prix Mémoires de la mer encourage depuis 2007 historiens, romanciers, dessinateurs ou réalisateurs à raconter et enrichir la connaissance de l’aventure humaine en mer.


[1] Sylvie LARGEAUD-ORTEGA, Le roman maritime, un amer littéraire (2012) ; http://www.fabula.org/revue/document7155.php.

[2] Nerée BEAUCHEMIN, Les floraisons matutinales (1897).

[3] Émile VERHAEREN, Les Soirs, in Œuvres Complètes (Slatkine Reprints, 1977).

[4]Site web de l’Académie de marine, https://www.academiedemarine.com/prixplus.php?num=4.

[5]Prix littéraire.net, https://www.prix-litteraires.net/prix/87,prix-encre-marine.html.